Bois & Charbon

by Midget !

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Bois & Charbon - Par Sing Sing (Arlt)

Après "Lumière d'en bas", premier disque irisé, féérie découpée en vitrail, le titre "Bois et Charbon" annonce quelque atmosphère mettons… plus calcinée.
En effet "Les remparts", ombrageuse à souhait, ouvre le nouvel album de Midget! sur un ton menaçant tout en roulements de colère contenue (Flavien Girard, des Hiddentracks à la batterie), chant tendu, presque défiant, à peine apaisé le temps d'un refrain suave que le solo de guitare diffracté final viendra définitivement éparpiller aux quatre coins de son humeur noire. Piège? Fausse route à tout le moins, puisque dès "L'occident", ballade ET marche désarmée, menée par deux voix à l'unisson tout à fait lancinant, la température commence à varier pour formuler la promesse d'une oeuvre mouvante et soumise tout entière à milles métamorphoses, hallucinations, mirages et distorsions heureuses.

Et de fait, le disque n'en finira plus d'égarer, de surprendre et d'émerveiller.
Insister sur le fait que tout ça est d'un charme fou, et immédiat, remuant de mélodies supérieures souplement étirées par Claire Vailler, ici à son meilleur, assumant aussi bien une certaine forme de fragilité consentie que le déploiement altier de figures fermement dessinées. De berceuses fixement adressées en polyphonies abstraites, de canons schizos en déclarations d'amour fléchissantes, c'est tour à tour un pur instrument et une voix proche, intime et humaine que cette voix-là. Voix blanche, mais blancheur d'aube plutôt que de chaux, plutôt que de craie.

Il y a aussi, sous les chansons même, comme un double fonds dans "Bois et charbon" qu'on peut considérer comme un discret manifeste théorique et qui serait la poétique même de Mocke (Holden, Silvain Vanot, Arlt…), décidément l'un des guitaristes les plus passionnants de ce pays. Comme sur "L'anguille", son récent 33t en solitaire, rythmiques opulentes ou décharnées, soli solaires, riffs malingres, harmonies et contrepoints se succèdent en quelque mouvement centripète d'évier de cuisine devenu fou, révélant in fine à la façon d'un noyau atomique, ce qu'on voudra bien considérer comme LE possible secret fantomatique de L'Histoire de l'instrument. Ce je-ne-sais-quoi, ce-presque-rien qui perdure dans cette Histoire, donc, à travers même tous ses changements, ses évolutions, ses tables-rases et ses repentirs, perdurant et clignotant sans dire son nom de Charlie Christian à Derek Bailey en passant par les Underwood et Tom Verlaine comme par tous les héros anonymes de la musique populaire. Ce en quoi nous aurions tort de considérer Mocke comme un simple mélangeur de genres. Bien plutôt, il est botaniste myope, physicien tête-en-l'air, explorateur lunaire et grand rêveur, sachant se perdre et lâcher prise, s'étonnant lui même de ce qu'il découvre sous ses doigts à mesure qu'il joue. Ce que Mocke semble chercher, plus ou moins consciemment, c'est, sous forme de précipité chimique,un possible dénominateur commun aux diverses formes de la beauté, par delà les styles, par delà les écoles.

Ainsi, ballades stellaires et jazz à coulisses ellingtonien, influences classiques diverses (Debussy, Fauré, Ravel mais aussi Honegger et Stravinski, sans trembler), électrocutions post-punks, madrigaux moondoguiens, niger et amérique latine, impressionnisme hirsute et dodécaphonisme doux se cannibalisent les uns les autres et passent comme des ombres amies, pour former une matière autonome dont le duo fait son miel et le véhicule syncrétique de ses obsessions.

Il faut entendre "Sans ombre/cristal" éclore au mitan de l'album dans une canicule sonore aveuglante avant de se tordre et s'élancer en volutes romantiques. Se réjouir de l'espièglerie lasse de "Terre Folle", radieuse popsong qui s'autorise à boitiller en valse mécanique comme à lancer de petits tourbillons d'eau où noyer son spleen. S'étonner de "Gorge s'enflamme" miniature savante ou berceuse atonale s'éméchant sans crier gare en chorale magnétique et guitare dissonante. D'un folk plein d'entrain ("Les soupirs encore'") au sublime "Echo", comme tombé d'un rêve du Britten de Peter Grimmes, de l'irrésistible "Chemin sans chemin", ou bien du ravissant " Rhapsodie" (arpège entêtant, slide titubante, arabesques et canon joli) au terminus intemporel Selda, chef d'oeuvre en soi, tout ici n'est qu'envoûtement, étonnement et grâce. C'est un album d'une très grande musicalité, comme on en entend finalement assez peu par ici, et d'une grande gourmandise, mais dont la pudeur foncière (c'est important) protège des excès de virtuosité, de l'étalage d'érudition. Nulle démonstration, aucun tour de force. Tout, au contraire, s'organise à tâtons, comme à la bougie, amoureusement, avec un soyeux, un naturel joyeux jusque dans ses accès de mélancolie, et ses nombreuses poussées de fièvre. Jamais Midget! ne semble éprouver le moindre besoin de pousser le volume à fond pour que l'émotion advienne, se contentant d'accueillir tout ce qui lui vient, tout ce qui lui pousse et l'organisant en bouquet délirant, assumant tout: une certaine sentimentalité, une forme d' étrangeté, le rugueux comme le sensible, une poésie discrète oscillant entre quotidien et onirisme.

Si "Bois et charbon" nous enchante et nous tue à ce point , c'est parce qu'il s'agit bel et bien d'un album véritablement chercheur, qui réussit la prouesse d'être toujours lisible, accueillant, familier. Ceci pas du tout parce qu'il ménagerait la sempiternelle chèvre et le fameux chou, ni même parce qu'il recyclerait les bonnes vieilles recettes des avant-gardes en machins faciles à écouter, mais parce qu'il s'arrime fièrement à ce défi de langage immensément beau: effacer les distances entre le populaire et le savant, l'exigence et le plaisir, l'écriture et l'improvisation et qu'il parvient à transformer ce défi en émotion partageable. Parce qu'il parvient à de nombreux endroits à rendre la musique la plus atonale lumineuse, pop et printanière et, à l'inverse, le plus attrayant des refrains d'amour en équation complexe. Parce qu'il honore la musique, participe à refondre et re-fonder la chanson française. Parce qu'on sait dès la première écoute qu'on trouvera à s'y rafraîchir pendant des lustres.

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released November 12, 2014

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